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INTRODUCTION

Je pratique le dessin, l’eau forte, la lithographie et la peinture depuis ma prime enfance. Ces disciplines sont complémentaires, les arts graphiques entretenant une rigueur, la peinture, un esprit de liberté.

Je viens d’un pays d’ex-Urss où les techniques classiques sont toujours enseignées dans les écoles et j’ai grandi dans une famille d’artistes. J’ai évolué dans un cercle qui m’a tenu informé des mutations sociales et culturelles du Monde. Je possède un goût prononcé pour les arts tels que le cinéma, la musique rock et la littérature. J’adhère naturellement à cette époque post-moderne où l’art populaire nourri des trouvailles savantes a atteint un haut degré de sophistication.

A chaque tableau, je repars d’une série de questionnements restés en suspens à l’achèvement du précédent. Premier état : une sensation confuse, une étrange impression d’avoir perdu le fil. Les esquisses étalées sur plusieurs pages n’amènent rien, ne servent généralement pas. Puis enfin le bon croquis, la bonne idée surgit, le fil est renoué. Puis vient le travail sur la toile, une sorte de frénésie survient ensuite. Les tons, les factures, les informations opèrent des croisements. Cet empressement fait place au raisonnement, à une retenue, à de longs allers et retours entre le faire et le voir, jusqu’à parvenir à un équilibre. Une fois l’ensemble des éléments disposés, encore faut-il trouver un accent, une particularité, une surprise qui rendra l’œuvre unique et ainsi achevée.

Mes personnages existent moins pour ce qu’ils représentent d’humain que pour ce qu’ils possèdent de sculptural. Les attitudes qu’ils ont dans mes œuvres servent à la composition et la rythmique. Ces monolithes viennent en contraste sur un arrière plan tout en détail. Ce premier plan de sculptures en action sert de pause entre des accumulations d’informations.

Construire une scène complète réaliste ou fantastique m’importe moins que de faire apparaître un assemblage subtil des zones et des plans entre eux.
Je m’inspire des mécanismes du réel sans en reproduire tous les rouages, ils forment un socle à mon imaginaire. Un coup d’œil rapide fera voir une série d’objets dans une scène finement fantaisiste, alors qu’un examen plus attentif de l’œuvre par exemple en isolant un détail du reste de la toile, guidera l’œil de ces objets reconnus vers nombres d’expériences plastiques.

La petite histoire du tableau, l’identification du regardeur, le jeu de rôle se dilue dans des variations du thème, une douce obsession. Il se déploie dans l’espace d’exposition telle une collection de scènes où harmonie fragmentée, désordre contrôlé, et évocations enfantines, se mêlent et se fondent dans une multitude de renvois et d’interprétations.


Propos receuillis par Bérangère Maximin,
le 3 octobre 2007.

Photographie : Stefan Hoareau - Tous droits réservés